Shopping de printemps

Je ne sais pas vous mais moi, dès que le printemps pointe son bout de nez,
qu’il fait beau et que la température augmente, je suis prise d’envie d’achats  vestimentaires. 

Shopping de printemps

Tout d’un coup, je manque de t-shirts, blouses, jupes, robes, sacs à main, lingerie et j’en passe. Ce au grand dam de mon chéri qui se plaint de manquer de place dans les placards et ne comprend pas pourquoi, les vêtements de l’année dernière ne vont plus cette année. C’est quand même simple à comprendre, non ? Je vous jure que par moment, je me demande si nous appartenons bien à la même espèce. Je ne crois pas !

Couple martien et humaine

Beau couple, non ?

Il n’y a que le maillot de bain qui suscite moins mon désir. D’abord parce que je me trouve moche à pleurer lorsque j’en essaie
un avec ma peau couleur endive et ensuite, parce qu’avec l’âge, on a bien les mêmes attributs qu’Ursula Andress
dans James Bond contre Dr No mais ils sont bien moins appétissants. Il n’y a plus que le poignard qui fasse illusion.

Ursula Andress

Remarquez, l’avantage, c’est qu’à la plage, vous n’êtes plus jamais cernée par une meute de jeunes mâles en chasse
et qu’au mieux, si l’un d’entre eux vient vers vous, c’est pour vous demander l’heure en vous qualifiant d’un "madame"
qui instantanément vous donne 10 ans de plus. Donc, jeunes filles profitez de vos jolies formes pour porter des maillots de bain fantaisies et vous mesdames, n’hésitez pas emporter le dernier pavé de 700 pages. Vous devriez arriver à le lire sans être dérangée…

Et puis, dites-moi quel charme trouvez-vous à l’hiver, au niveau vestimentaire ? C’est simple : aucun ! Pendant plusieurs mois, comme je suis frileuse, je me fais l’effet d’être l’épouse du bonhomme Michelin. D’abord la lingerie, puis le caraco, les collants, le pull, le gilet par-dessus, le pantalon ou la jupe et pour sortir, le manteau, les bottes, les gants et l’écharpe.
Je vous dis : Madame Bibendum… Bon d’accord, il y a un avantage à la saison hivernale : pas besoin de séances d’épilation mollets et maillot. On en criera de plus bon cœur lors de la première au printemps.

Alors qu’au printemps ou en été, de jolis dessous, un petit haut, un pantalon, une jupe ou une robe, des sandales pour mettre en valeur nos orteils vernis et hop, en route…

Vous n’êtes pas convaincue : additionnez tout ce que vous dépensez pour vous chauffer et vous allez voir à quoi pourrait ressembler votre budget fringues… Alors ?

Pour en revenir à mes envies de vêtements neufs, je me suis demandée pourquoi la plupart des femmes aiment faire du shopping.

Un héritage de l'âge des cavernes

Dans un article scientifique publié en décembre 2009*, le professeur Daniel Kruger de l'Université du Michigan affirme qu'il faut remonter à l'âge des cavernes pour comprendre pourquoi les femmes adorent faire du shopping et pas les hommes.
C'est-à-dire à l'époque d'une humanité de chasseurs-cueilleurs où les femmes se chargeaient de la cueillette et les hommes
de la chasse. "Nous avons maintenant la preuve que les compétences, les aptitudes et les comportements très utiles pour la chasse et la cueillette dans les sociétés de chasseurs-cueilleurs se manifestent encore dans notre société de consommation moderne", affirme D. Kruger.

Ce docteur en psychologie explique que la femme actuelle qui court les magasins de vêtements ou de chaussures, reproduit exactement le comportement de sa lointaine ancêtre à la recherche de racines comestibles. Comme celle-ci, elle retourne régulièrement sur les lieux où elle sait faire une bonne "récolte". Elle préfère rester à proximité de son domicile et utilise des repères sur le terrain pour se diriger.

Autrefois, la recherche de nourriture était une activité quotidienne, effectuée en groupe et pouvant inclure les jeunes enfants. N'est-ce pas le cas de la plupart des expéditions féminines à la recherche de vêtements ? Pour rapporter une nourriture saine,
la dame de jadis étudiait attentivement la couleur, la texture et l'odeur. Sa consœur moderne consacre autant d'attention au choix des caractéristiques d'un tissu. Alors, à compter de ce jour, n’oubliez pas de sentir le t-shirt sur lequel vous venez de craquer ! Mais, faites le discrètement sous peine de voir accourir le (ou la vendeuse) furieux, pensant que vous êtes en train de vous moucher dans ledit t-shirt.

L'homme n'agit pas ainsi. Généralement, en partant du domicile pour un achat, il a déjà une idée précise en tête, il se rue
dans le magasin repéré à l'avance, achète et revient aussitôt à son domicile. Un peu comme l'homme des cavernes qui partait
à la chasse, tuait la bête et s'empressait de la rapporter avant qu'elle ne pourrisse.

Très prudent, Daniel Kruger se garde bien d'affirmer que ces comportements relèvent de la seule génétique, et qu'ils s'appliquent à tout le monde. Il insiste pour dire qu'il ne fait qu'effectuer un constat qui aidera, espère-t-il, chaque sexe à mieux comprendre les habitudes de l'autre. En tout cas, je ne dirai plus à mon homme, que je vais faire les magasins mais que je vais faire
une cueillette. La première fois, ça devrait marcher sauf si je lui demande sa carte bleue pour ladite récolte.

*"Evolved foraging psychology underlies sex differences in shopping experiences and behaviors",dans Journal of Social, Evolutionary, & Cultural Psychology , décembre 2009.

Le couple des cavernes

Une source de plaisir, de fierté et d'apaisement

Selon Claude Boutin, psychologue clinicien et auteur de "J'achète (trop) et j'aime ça", pour la très grande majorité des gens,
la consommation relève de la frivolité, pas de la pathologie. Ouf !

Selon lui, le shopping, lorsqu'il est fait à la mesure de ses moyens, est une activité de loisir comme le golf, le ski alpin,
ou la lecture. Mais, comme il procure une source de plaisir, de fierté, et d'apaisement, le shopping peut devenir une dépendance.
Pour certaines acheteuses sensuelles, le plaisir du shopping relève presque par moment de l'orgasme. Elles en deviennent étourdies de plaisir. Les acheteuses raffinées y trouvent un plaisir s'apparentant davantage à la fierté. Quant aux acheteuses intenses, elles profitent d'un répit à leur insécurité par le biais des achats. Évidemment, une personne qui ressent physiquement l'émotion du plaisir lorsqu'elle fait des achats sera davantage portée à en faire d'autres. Les gens aiment cette sensation
de plaisir, ils veulent donc la reproduire.

Shopping

Le shopping reste plus que jamais en temps de crise une source de plaisir pour 72% des françaises, même si la majorité
d'entre elles déclarent faire désormais la plupart de leurs achats pendant les soldes pour préserver leur budget, indique
un sondage Ipsos/Unibail-Rodamco.

Selon cette étude réalisée du 3 au 13 mai  2016 auprès de 1 004 femmes représentatives de la population française, 72% des femmes estiment se "sentir bien" lorsqu'elles font du shopping.
Parmi elles, 62% sont même des inconditionnelles, déclarant adorer faire les magasins.
"Ce chiffre est stable depuis plusieurs années, ce qui montre que la crise n'a pas mis fin au plaisir de faire du shopping",
a commenté Rémy Oudghiri, directeur du département Tendances et Prospective chez Ipsos.

Les femmes représentent environ 70% des acheteurs français.
Elles sont près de 40% (39%) à déclarer être prêtes à faire des sacrifices et se serrer la ceinture, par exemple en restreignant leurs dépenses alimentaires, pour pouvoir s'accorder certains petits plaisirs d'achats hors alimentation. Ça tombe bien :
les amours de nos vies aiment en général les frites et les pâtes.
Le shopping est pour 60%, une occasion de se laisser surprendre et de pouvoir s'offrir un peu de rêve, tandis que 42% déclarent faire du shopping pour "se changer les idées", "se détendre" et "prendre du temps pour soi".

Toutefois, crise oblige, 84% des femmes interrogées estiment devoir davantage faire attention à leurs dépenses, veillant
à se fixer des budgets shopping et à les respecter.

Une nécessité

  -  Plus rien à se mettre :
Les placards débordent mais peu importe. La jupe boudine, la robe de l’été dernier est trop courte ou trop longue et le jaune n’est plus à la mode. Nous n’allons quand même pas sortir ainsi. Vite, il nous faut du neuf.
Après tout, la nature se renouvelle tous les printemps.

  -  Besoin d'une paire de chaussure qui va avec tout :
Voilà un projet d’achat raisonnable ! Sauf que j’ai déjà des chaussures noires, marines, marrons, beiges et couleur cuir. Mais, je vous jure qu’elles n’ont pas la nuance de teinte qui en fait une paire passe partout.

  -  Quelque chose d'habillé pour samedi soir : 
Bon d’accord, même sans, je ne vais pas y aller toute nue ! Mais, si je n’ai pas la petite robe repérée la semaine dernière, je vais être la plus moche de la soirée…

  -  C'est un peu cher mais c'est un basique, je le mettrai pendant au moins 6 ans :
Si je suis honnête, c’est vrai tant que vous ne faites pas du yoyo avec votre poids, que votre petit dernier n’a pas craché sa purée de carottes dessus et que vous aimez toujours votre basique. Sinon, c’est la fin de vie assurée comme le reste au fond
de la penderie.

  -  J'ai besoin de réconfort après cette dure semaine :
Faire du shopping, c'est comme regarder la télé un dimanche après-midi. Le cerveau est en pause et on se laisse guider
par les couleurs. On zappe à l'instinct et oublie tous nos soucis. Alors, oui pour un petit réconfort.

  -  Je le prends. Au pire je le ramènerai :
Vous n'êtes pas sûre de la couleur. C'est un peu cher. Vous avez déjà le même en rouge...Bref, vous hésitez.
Heureusement les grands magasins vous servent cette excuse sur un plateau : vous avez un mois pour vous faire rembourser. Bien sûr, vous ne le ferez pas. Mais, au moins, vous avez l'esprit tranquille au moment de tendre votre carte bleue à la caisse.

  -  Je le vois samedi et je veux l'éblouir :
Dans ce cas, pas d’autre alternative qu’une virée shopping. Notre avenir en dépend…

  -  Je l'ai déjà, mais pas de cette couleur :
Et c’est bien vrai ! Un jean bleu, ce n'est PAS DU TOUT pareil qu'un jean rouge. Et puis, cette coupe me va si bien.
Alors, vite avant qu’ils n’en changent …

Qui a parlé de mauvaise foi ?
 
Je ne suis pas plus de mauvaise foi que les 7 femmes sur 10 qui aiment le shopping. Les autres doivent être des cousines du :

Alien

Du calme, du calme, je plaisante…

En revanche, les comportements changent. Les femmes sont moins nombreuses qu’en 2013 à se laisser aller à l’achat
« coup de cœur » (65% contre 70% en 2013). Elles se veulent aussi plus efficaces et rapides : 37% des femmes veulent faire
du shopping en moins d’une heure (contre 23 % en 2013). Ce contexte a pour effet de renforcer la nécessité de qualité puisque 71% des femmes sont prêtes à payer plus pour des produits de qualité (contre 67 % en 2013) comme ceux
de Fleurs Pois & Cie.

Et les hommes, alors ?

Les hommes font du shopping

Selon L’Observatoire du Shopping et contrairement aux idées reçues, le shopping est un moment de plaisir pour plus
d’un homme sur deux ! Espèce de cachotiers !

En ce qui concerne leurs préférences d’achats, le comportement des hommes est souvent proche de celui des femmes. L’intérêt des hommes pour la mode est réel et bien supérieur à celui qu’ils affichent pour les articles de sport ou les jeux vidéo, deux catégories nettement moins citées par eux. 63% des hommes se rendent au moins une fois par mois en centre
de shopping, 52 % achètent souvent sur un coup de cœur et 47% des hommes utilisent Internet pour faire du shopping,
en 2ème position après le centre commercial.

En fait, l’homme est une shoppeuse comme les autres. Les vêtements (50 %) et les chaussures (36 %) arrivent en 2ème
et 3ème positions des produits les plus plébiscités après les produits technologiques en 1ère position (56 %).
Ah, les achats de télé grand écran pour mieux voir 22 bonshommes courir après un pauvre ballon qui n’a rien demandé
à personne !

Chez les hommes, l’acte d’achat est une démarche plus maîtrisée. A leurs yeux, le shopping est avant tout une affaire rationnelle. Ils aiment préparer leurs achats. 69 % des hommes déclarent : « Quand un produit me plait, je compare les prix
sur Internet avant de me rendre en magasin. »

L’autre spécificité du shopping masculin est le besoin d’efficacité. Les hommes ne veulent pas perdre de temps.
C’est la raison pour laquelle ils apprécient les lieux de shopping qui offrent une grande diversité de produits. Ainsi 75 % d’entre eux déclarent : « Je préfère aller dans un magasin où je peux trouver plusieurs catégories de produits à la fois, pour gagner
du temps. » Mais cette volonté de maîtrise et d’efficacité ne va pas sans une certaine dépendance. Rares sont les hommes
qui choisissent seuls leurs achats.

Pour toutes les catégories de produits, excepté les jeux vidéo et les articles de sport, ils ressentent en effet le besoin de solliciter l’avis de leur conjoint pour faire un choix. 77% des hommes qui se rendent en magasin, savent exactement le produit qu’ils vont acheter. 44 % des hommes utilisent ou aimeraient utiliser leur smartphone en magasin pour rechercher des informations.
32% des hommes décident seuls lors de l’achat de vêtements et 59% des hommes préfèrent effectuer leur shopping en moins d’une heure.

Ainsi, l’édition 2014 de L’Observatoire du Shopping confirme le rôle déterminant des hommes dans le shopping d’aujourd’hui.
Elle montre également toute l’ambivalence du fonctionnement masculin. D’un côté, les hommes souhaitent contrôler leurs achats et faire des choix en toute indépendance. D’un autre côté, à l’exception des jeux vidéo ou des articles de sport,
les hommes se révèlent incapables de décider seuls dans la plupart des cas. C’est le paradoxe masculin et… une opportunité pour les acteurs du commerce : leur besoin d’assistance est énorme, les pauvre chéris !

Aujourd’hui, les hommes se sentent plus concernés par le shopping. Ils ont compris que faire attention à leur apparence
ne va pas à l’encontre de leur virilité et la part des hommes qui suivent la mode ne cesse de progresser.

L’Observatoire du Shopping distingue six profils d’acheteurs masculins :
  -  Le blasé 28%
  -  L’expert 17%
  -  Le détaché 5% qui vit le shopping comme une contrainte.
  -  Le fashionisto 11%
  -  Le flâneur 25%
  -  Le trendsetter 14% : son shopping se veut le reflet d’un esprit d’indépendance et d’une forte volonté de déceler les nouvelles tendances.

Je vis donc avec un détaché extraterrestre ! Et vous ?

Sachez aussi que toujours selon L’Observatoire du Shopping, les couples se montrent enthousiastes à l’idée de faire
du shopping ensemble, surtout autour de la vingtaine et de la trentaine. Par contre, passé 40 ans, ce n’est plus le cas.
La preuve :

L'homme au shopping
Le couple qui fait du shopping

Ainsi, le couple actuel ressemblerait plutôt à :

On fait du shopping

Sans compter le commerce en ligne que nous affectionnons de plus en plus ainsi que ces messieurs puisque les ventes
sur Internet ont progressé de 11 % dans l’Hexagone en 2014, pour atteindre 57 milliards d’euros, selon le bilan annuel
de la Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance (Fevad), publié mardi 27 janvier.

Dans tous les cas, shoppeuse ou shoppeur, soyez citoyens et privilégiez le Made in France.

Bon shopping ….

Véronique

Sources :
Merci à Mazarine Vertanessian pour ses idées
Jerome MONANGE - Observatoire du Shopping Comportement Consommateur Homme
Le point