Faut-il en rire ou en pleurer ?

Comme je l’ai déjà narré dans un article précédent (Histoire d’entreprise…), la vie dans une entreprise n’est pas sans surprises.

Surprise : la décision de Dan PRICE, créateur de la start-up Gravity Payments qui a décidé de raboter son salaire de 90 %,
en le passant de 1 M$ (940 000 €) annuel à 70 000 $ (66 000 €) pour octroyer de conséquentes augmentations à ses salariés.
Je suis sûre que vous n’êtes pas passés à côté de cette info qui fait rêver.

Dan Price

Ce jeune patron a eu cette idée de diviser son salaire par 14 après avoir lu un article sur le bonheur.
Il faut vite rendre cette lecture obligatoire… au cas où !
Du reste, Dan Price affirme avoir reçu des centaines de mails d'entrepreneurs qui seraient intéressés par sa démarche. Espérons !

humour

Autre surprise : Jean-Baptiste Drouet écrit dans Télé 7 Jours sur la notion de travailler sans chef :
"L’idée, née aux Etats-Unis en 2005, consiste à installer un sentiment d’égalité entre les salariés, en mettant fin aux privilèges des supérieurs (bureaux plus vastes, voitures de fonction …).
Ce management participatif passe aussi par une responsabilisation accrue des employés qui finalisent leurs tâches sans
le contrôle de leur chef. 
En France, les entreprises appliquant cette nouvelle organisation du travail se multiplient, à l’image de la fonderie FAVI, dont les 600 ouvriers travaillent pour leurs clients et non pour des supérieurs qui ont décidé de s’effacer. "
Et les résultats sont là puisque cette société ne cesse depuis d’améliorer sa rentabilité.

Là aussi, il va falloir instaurer des formations obligatoires pour les supérieurs. Et croyez-moi, certains vont traîner les pieds
et mettre du temps à comprendre…

le Boss

Après les bonnes surprises, il y a celles de tous les jours dans les sociétés. Et là, faut-il en rire ou en pleurer ?

Avant de créer Fleurs Pois & Cie avec des copines entre lesquelles l’inégalité est taboue, j’ai travaillé comme salariée
dans différentes sociétés avec des patrons et des collègues de styles différents.

J’ai eu un patron certes humain mais soupe au lait, qui n’a rien trouvé de mieux un jour de grande colère, que de demander
à une salariée si sa mère ne lui avait pas appris qu’il fallait s’épiler les mollets ! C’est ce jour- là que j’ai appris que pour réussir en comptabilité, il fallait avoir la jambe lisse …

J’en ai eu un autre qui hurlait tellement qu’un jour, j’ai vu un des salariés rentrer dans le bureau pour lui casser la figure.
Comme, l’ouvrier en question était taillé comme une armoire, il a fallu être astucieux pour le calmer. En fait, la méthode a été
de lui dire de le faire et il est devenu aussi doux qu’un gros mouton. Pour être honnête, j’ai tenté le coup. Après tout, ce n’est pas mon portrait qu’il voulait refaire !

C’est le même patron qui ne faisant jamais le tour de sa boîte mais contraint un jour, de le faire avec des clients, s’est vu demandé par un employé qu’il venait d’engueuler : "Qui t’es toi ? Je t’attends ce soir à la sortie et demain, t’es à l’hosto".
Ceci, en agitant le couteau qu’il avait entre les mains. J’avoue que cette fois là, entre le boss tout blanc et le salarié tout rouge,
j’ai eu beaucoup de mal à ne pas éclater de rire. Rassurez-vous, au dernière nouvelle, ledit patron est toujours en vie…

patron qui hurle

A l’inverse, j’ai connu le cas d’un supérieur préférant fuir plutôt que de gérer une pluie d’insultes et de menaces entre
deux salariés. Je suis certaine que des comme ça, vous en connaissez aussi…

Et celui qui piquait des crises pour que les stocks soient justes mais se servait en douce au pretexte que le fait d’être patron
lui en donnait le droit …

Ou qui refusait, pour limiter les dépenses, d'acheter de la matière première mais voulait quand même avoir du stock pour livrer les clients dés réception des commandes. Cherchez l’erreur !
Ou qui disait aussi : " Mes salariés n’ont pas à se plaindre puisque je les paie"…
Ou qui repprochait à son personnel d’être en retard mais était incapable d’arriver à l’heure et ne comprenait pas pourquoi,
en fin de journée, quand il voulait travailler, il n’y avait plus personne. Là, j’ai appris que le décalage horaire pouvait exister en étant à un même endroit géographique…

Après, il y a les supérieurs qui ne sont pas les patrons mais sont responsables du bon fonctionnement de l’entreprise. Et là,
je ne resiste pas à partager avec vous quelques épisodes savoureux.

Un jour d’inventaire, un responsable financier nouvellement recruté, a édité la procédure standard d’inventaire fournie par
les instances comptables et l’a envoyée telle que à des responsables de boutiques en les sommant de la respecter à la ligne.
Les boutiques distribuant des articles au mètre, une des responsables, après lecture attentive de la procédure, a appelé
au secours sa chef directe pour lui demander comment elle devait faire pour faire agréer la balance du pharmacien auprès du service des poids et mesures, n’en n’ayant pas elle-même. Par contre, je vous le donne en mille, il n’était nulle part question de mètre ou de centimètre !

Toujours au sujet des inventaires, j’ai une pensée émue pour mon ancienne collègue, responsable de l’ensemble des boutiques, qui a dû manager une salariée pour le moins étonnante.
En effet, ladite employée a retourné un état d’inventaire en indiquant là où devait être notés des mètres : "Un peu, beaucoup, pas trop, etc…".

La même personne a failli rendre fou un autre responsable financier suite à des erreurs de caisse signalées par l’informatique. Au bout de plusieurs heures, il a fini par comprendre que la vendeuse vidait tous les soirs, l’intégralité de sa caisse sans saisie informatique, traversait la rue pour la remettre à la banque puis repartait à la banque le lendemain matin pour reconstituer son fond de caisse et ce accompagné cette fois-ci, d’une saisie informatique.
Dans cette histoire, le supérieur financier s’est arraché quelques belles touffes de cheveux. En revanche, nous n’avons jamais su si la banque comptait la caisse le soir ou se contentait de rendre la même le lendemain, si les employés du guichet la recevaient à tour de rôle ou s’ils ont bizuté leurs stagiaires en leur confiant cette cliente…

on s'arrache les cheveux

Je suis sûre que vous aussi, vous avez vécu ou vivez ce genre "d’épisodes". Alors, d’après vous, faut-il en rire ou pleurer ?

Quoi qu’il en soit, même si ce n’est pas demain que les patrons vont baisser leur salaire pour augmenter leurs employés
ou qu’ils adopteront la notion de travailler sans chef, je voudrais leur rappeler un point essentiel : sans patron, pas d’entreprise mais sans salariés, pas d’entreprise non plus à moins de bosser tout seul dans son coin, ce qui n’est pas le modèle le plus courant.

Véronique

*Toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé n‘est pas que pure coincidence. Tout est vrai !